Théâtre

Ouverture aux arts : le théâtre

Le collège Saint Julien propose un atelier « Théâtre » aux élèves volontaires. Chaque année, un nouveau projet unissant le théâtre au chant et à la danse, permet à chaque élève de s’épanouir et de grandir. Les séances, animées par deux professeurs, Melle Liger, professeur de Français, un comédien professionnel, Vincent Rocher, et des parents d’élèves ont lieu en dehors du temps scolaire.

Gagner en assurance, en confiance en soi, maîtriser sa voix, ses gestes, s’adresser à un public pour le divertir, l’émouvoir, prendre soi même du plaisir à faire vivre des textes variés : tels sont les objectifs de cet atelier.

Le travail d’une année est couronné par un spectacle donné devant un large public sur la scène du Silo, le théâtre de Montoire.

Photos ci dessus :

L’ensemble de la troupe 2009/2010

Extrait de la pièce « Knock », de Jules Romain, le 17 juin 2010.

A découvrir également : l’interview de Melle Liger, par les journalistes de Saint Ju News.

 

Le théâtre occupe une place importante dans l’établissement …

Il y a toujours eu une tradition théâtrale dans l’établissement ! Je suis arrivée au collège en 1991. Là, j’ai découvert les préparatifs d’un évènement majeur, incontournable et attendu : la fête de Noël. Ne croyez pas que c’était le fait de deux personnes ! Tout le collège, pareil à une ruche, s’activait, bourdonnait et oeuvrait pendant une semaine, voire même deux, pour la réussite d’un projet, proposé par les professeurs de français de l’époque : Mme Rouillon, Mme Jabaudon et Mme Beauvais.

Chaque professeur du collège devenait un ardent ouvrier. A qui se servait de ses talents, rien n’était impossible ! Aux esprits logiques et clairs, revenait l’organisation de la semaine (emploi du temps des répétitions, recherche d’une salle …) Quelques mains d’or fabriquaient les décors, avec l’aide de parents d’élèves. Les brocanteurs dans l’âme dénichaient des trésors, et redonnaient leur lustre à de vieux costumes mités …

En cette année 1991, je me suis donc jointe aux professeurs de français, pour mettre en scène « Les trois messes basses », de Daudet. J’ai découvert tout le travail théâtral, fourni en amont, dans l’ombre, avant que le spectacle ne soit proposé, en pleine lumière … Après ce baptême du feu, j’ai à mon tour proposé des projets de fête de Noël et de fin d’année, retenus ensuite par l’équipe. Peu à peu, ils ont été de plus en plus ambitieux et ont nécessité des décors imposants. Je pense no-tamment à un éléphant en contreplaqué, peint et réalisé à taille réelle, à un décor d’auberge, … Non loin d’être découragé, le bureau de l’APEL a répondu à tous les défis lancés ! La cheville ouvrière était M. Voyant. Aidé par M. Dahuron, tous deux ont réalisé des décors, dignes de décorateurs professionnels !

Voilà, dans quel enthousiasme nous travaillions, déjà, à l’époque ! Parallèlement aux fêtes de Saint Julien, Mme Jabaudon et moi-même, préparions des scènes de théâtre, avec nos classes. Les répétitions se faisaient alors sur nos heures de cours, en lien avec nos séquences de français. Nos élèves présentaient le fruit de leur travail, à la salle des fêtes, en mars-avril.

J’ai ensuite pu faire découvrir le théâtre à des classes de 6ème, qui ont travaillé avec Thierry Debuyser, le fondateur de la Wish, Association de Vendôme, dans le cadre des classes PAC, classes à Projet Artistique et Culturel. Puis Mme Etienne est arrivée, et j’ai découvert son talent de cantatrice ! J’ai vite eu envie de travailler avec elle, et d’unir le chant au théâtre. Nous avons ainsi monté deux comédies musicales théâtralisées, proposant des textes d’auteurs et des extraits de Comédies Musicales (l’Odyssée, les Misérables)

Depuis, Mme Etienne et moi-même œuvrons ensemble … Dès 2005, nous avons eu la chance d’être guidées par un metteur en scène professionnel. Ainsi, M. Auxenel nous appris beaucoup, et depuis 2007, M. Rocher, nous est fidèle.

Ce spectacle emprunte aujourd’hui à trois arts majeurs : le théâtre, le chant et la danse. Ces emprunts créent un spectacle varié, divertissant et éclectique. 24 élèves se sont engagés cette année, dans 10 pièces différentes. Certains nous suivent maintenant depuis deux ans, voire quatre. Pour l’atelier chant, nous recrutons dès la 6ème, alors que pour le théâtre et la danse, nous faisons appel principalement aux 4ème et 3ème, à quelques exceptions près.

Tous les acteurs en herbe de notre atelier sont volontaires, motivés, parfois timides, et ne rechignent pas devant l’ampleur du travail ! Ils s’investissent avec sérieux dans l’apprentissage des textes, suivent les indica-tions de mise en scène, et n’hésitent pas à répéter sou-vent, avec moi, pour atteindre un bon niveau …

 

Qu’apporte l’intervention de M. Rocher ?

Vincent Rocher est à la fois comédien et metteur en scène. Il enseigne à nos acteurs en herbe, des techniques particulières : attention portée aux autres, écoute, rythme, énergie, respiration, articulation, intonation, rapidité d’élocution, appropriation de l’espace scénique (en évitant de rester les uns contre les autres), regard d’une façon neutre (droit dans les yeux), soutenir le regard de l’autre, traduire une palette de sentiments …

En tant que metteur en scène, il propose des déplacements cohérents, des gestes et regards, des trouvailles comiques, un rythme à chaque pièce … Il faut donner l’illusion de la réalité ! Il décide également des décors et de l’éclairage, puis, il coordonne l’ensemble : théâtre, chants et danses, pour vous proposer un spectacle de qualité.

Vous préparez le spectacle depuis septembre. Il y a eu depuis, un véritable travail. Racontez-nous.

Vincent Rocher n’est pas intervenu en début d’année. Il m’a laissé le temps de travailler avec les différents groupes, que j’avais moi-même constitués, quelques semaines après la rentrée. J’ai alors mis l’accent sur les textes et ai aidé les élèves à cerner leur personnage. Très vite, la mise en scène est arrivée !

Chaque semaine, je fixais un planning de répétition, et faisais répéter les groupes, après le déjeuner, et le soir, parfois jusqu’à 18h30 … Nous avons même travaillé les danses, pendant les différentes vacances, toujours dans la bonne humeur ! Les séances, toutes agréables et décontractées, étaient ponctuées de grands éclats de rire, avec une réelle complicité avec les élèves. Au final, je pense que je travaille au minimum six heures, en dehors du temps scolaire, sur cet atelier … Je ne regrette en aucun cas tout le travail investi. Un mois avant le spectacle, les exigences sont de plus en plus importantes. On leur demande d’être vifs, réactifs, de traduire les sentiments avec justesse, de parler fort et d’avoir une diction parfaite ! Les répétitions sont de plus en plus fréquentes et intenses … Il faut que nos comédiens sachent parfaitement leur texte, mais aussi les répliques de leurs camarades, ainsi que les différents dépla-cements à effectuer. Mais tous comprennent que l’enjeu est important.

 

Quel est l’objectif de votre atelier ?

Faire éclore le potentiel caché de chacun. Je permets ainsi à chaque élève de se réaliser pleinement et de s’épanouir dans un ou plusieurs domaines : le théâtre, la danse, et le chant

Je contribue aussi à changer l’image, pas toujours très valorisante, que certains élèves donnent d’eux-mêmes, dans le domaine scolaire. Nous voulons surprendre les spectateurs et les émouvoir par une représentation réussie … Nos répétitions sont des rencontres pétillantes, joyeuses, …

 

Y-a-t-il une réelle facilité d’apprentissage ?

L’apprentissage des textes est essentiel pour pouvoir vraiment jouer. Je suis, pas à pas, les progrès de chacun, et quand les élèves ont des difficultés de mémorisation, je deviens leur répétitrice …

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

En ce qui concerne les répétitions, j’ai beaucoup de mal à constituer un groupe où tous les acteurs soient présents ! J’essaie de satisfaire tout le monde et de m’adapter en fonction des disponibilités. Cependant, il y a des efforts à fournir, de part et d’autre, ce qui impose des sacrifices, de la part de chacun.

 

Pourquoi la représentation a-t-elle lieu au Silo ?

Le Silo est une vraie salle de théâtre locale, à l’acoustique parfaite ! De plus, toute l’équipe est à notre disposition (régisseur, les éclairagistes …). Le travail des élèves est ainsi très bien mis en valeur !

 

A quelques heures de la représentation … Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je dors très mal ! Je me lève environ deux fois dans la nuit … Je vérifie si je n’ai rien oublié : un accessoire, un costume, une lampe, les programmes, le fond de caisse, les corbeilles ; mais aussi la liste des spectateurs, les assiettes en cartons et les verres en plastique pour les différents gâteaux et boissons, vendus pendant l’entracte … Enfin, chose plus qu’es-sentielle … mes TEXTES !!!!

Quant aux décors, nous nous débrouillons avec ce que nous avons ! Vincent Rocher prête quelques costumes de la Wish, et j’apporte également quelques vêtements personnels … Quant au mobilier, chacun dépouille sa maison ! Qui d’un canapé, qui d’un bureau, et qui de quelques fauteuils … Mme Etienne charge sa voiture qui devient vite un véhicule de déménagement ! Avant de passer nos tenues de soirée, nous avons apporté tous les paquets, soulevé et transporté du mobilier jusqu’au Silo, beaucoup transpiré, sans jamais maugréer ! Après avoir bien travaillé, vient le dîner bien mérité… Et puis au théâtre il faut aller. Nos élèves sont déjà arrivés. Une heure avant le spectacle, nous nous regroupons tous dans les coulisses. Le trac monte. Dans les loges, ils vont se préparer. Une jupe à ajuster, une cravate à nouer … Très vite, ils jettent un coup d’œil dans la salle ! Ils voient les spectateurs arriver, se placer. « Oh non ! Pas lui … », « Ah, mes parents sont enfin arrivés !!! » Il y a ceux qui courent partout, tant ils sont nerveux. Ceux qui s’accrochent à leur texte, parce qu’ils « ne savent plus rien » … Et ceux qui rient trop fort, pour évacuer leur stress ! Bientôt le spectacle va commencer. Les cœurs s’affolent à entendre le public murmurer… Quelques minutes avant le début du spectacle, tout le monde se met en place dans le silence, et attend son tour pour entrer en scène … Tout est prêt, le rideau va pouvoir se lever. Là, le temps s’immobilise et la magie commence !

 

Comment aidez-vous les élèves à gérer ce stress, juste avant la lever de rideau ?

Je m’efforce d’être calme, patiente et rassurante. J’évite d’être trop envahissante. Je veille sur chacun de manière discrète, aidant les uns à se costumer, les autres à se concentrer en restant près d’eux et en les aidant à bien respirer … Très peu de paroles sont échangées avant l’ouverture du rideau. Chacun est à sa place, attentif aux autres. On encourage par un « Donne le meilleur de toi-même ! Tout va bien se passer ! » Parfois une main sur l’épaule et un regard suffisent. Mme Etienne et moi-même sommes l’une en face de l’autre, dans des coulisses différentes. Nous nous regardons sans pouvoir nous parler. Nous aidons nos élèves pendant la répétition : Mme Etienne chante avec la troupe, tant qu’à moi, je suis chaque texte éclairé par ma petite lampe et je souffle en cas de trous de mémoire.

 

Quelles sont les attentes du public ?

Au cours de cette soirée divertissante, l’Ensemble Scolaire se rencontre … Beaucoup de parents, professeurs, amis ou autres viennent passer un mo-ment agréable. D’autres ont une curiosité de spectateurs, aiguisée par ce que nous avons préparé, dans le plus grand secret, pendant toute une année.

Les parents des acteurs attendent quant à eux avec émotion la prestation de leur enfant et connaissent eux aussi un certain trac … « Va-t-il, va-t-elle être à la hauteur ? Pourvu que tout se passe bien ! »

 

Quelle satisfaction avez-vous à l’issue du spectacle ?

Heureuse … Heureuse, de les voir rayonner de joie ! Heureuse, qu’ils aient enfin la reconnaissance de leur travail, par un public enthousiaste !

 

Votre atelier est-il un tremplin pour devenir comé-dien ou acteur ?

C’est le cas, à notre plus grande joie ! Bastien Caraty, par exemple, qui a suivi l’atelier pendant deux ans, a rejoint la troupe de Savigny, Ecoute s’il pleut. Mme Etienne et moi-même sommes allées le voir dans la pièce Impair et père, où il jouait le rôle d’un adolescent paumé, bien éméché, qui se lance à la rencontre de son père. Bastien a été formidable dans son jeu ! Que de progrès il a accomplis ! Il a été chaleureusement applaudi … J’ai récemment rencontré d’anciens élèves de l’établissement, qui sont actuellement au lycée, à qui le théâtre manque …

 

Quels sont vos projets futurs ?

En règle générale, j’attends d’être libérée de ce spectacle, que j’ai porté toute une année, avant de me projeter vers l’année suivante … Quelques jours après la délivrance, naissent de nouvelles idées, des choix de textes ! Tout au cours de l’année, je suis attentivement les productions de troupes de théâtre amateurs, qui présentent des textes contemporains. Je tiens compte des acteurs qui seront parmi nous l’année prochaine, pour choisir des pièces qui correspondent à leur caractère, et à leur potentiel !

 

Quelques mots à ceux qui voudraient vous rejoindre ?

Certes, cet atelier exige des sacrifices tout au long de l’année (répétitions notamment en dehors du temps scolaire), mais il y a tant de partages, de découvertes du potentiel de chacun, de moments de joie … Les élèves qui travaillent une pièce ensemble sont unis. Ils s’encouragent à oser, à aller plus loin dans le jeu, à se dépasser. Toute la troupe travaille dur pour que le spectacle soit une réussite. Beaucoup appréhendent la mémorisation des textes. Mais nous sommes présentes lors de la phase d’apprentissage. Après vient le plaisir de jouer ! L’espace d’un instant, on oublie qui nous sommes, et nos petits soucis … Alors si vous aimez vous lancer des défis, prendre de l’assurance, incarner un personnage, rejoignez- nous. Vous vivrez des moments de joie et une satisfaction personnelle dont vous vous souviendrez toute votre vie !